L’école maternelle La Source face au risque inondation

(Article complémentaire de la tribune « La poire de la discorde » parue dans Le St Clémentois n°35 de Septembre 2026.)

L’école maternelle La Source se trouve en zone inondable. Les élus le savent depuis longtemps, mais aucune zone refuge n’y a jamais été construite, ni même envisagée par la municipalité, alors que son étude de faisabilité relèvait d’une obligation imposée par l’état inscrite dans le PPRI de 2013 ( Plan de Prévention des Inondations ). La zone refuge est pourtant le seul moyen de sécuriser les enfants sur site, en cas de crue éclair ou de défaillance du système d’alerte préventive. Ce que l’on sait de ce dossier, ce que l’on questionne, et ce que nous suivrons au conseil municipal.

Un diagnostic accablant, huit ans de retard

Entré en vigueur en 2013, le règlement du PPRI imposait aux établissements comme celui-ci un diagnostic du risque dans les deux ans, puis l’aménagement d’une zone refuge dans les cinq ans — sauf impossibilité technique démontrée par une étude de faisabilité. Le diagnostic aurait donc dû être réalisé avant février 2015, et la zone refuge, ou à défaut son étude de faisabilité, avant février 2018.

Or ce diagnostic n’a été commandé qu’en octobre 2023 — avec plus de huit ans de retard — au bureau d’études Mayane. Ses conclusions sont sans appel : en cas de crue majeure, l’école pourrait être submergée sous 1,20 à 1,33 mètre d’eau, bien au-dessus de la tête d’un enfant de maternelle, et sous 1,79 mètre au niveau de la chaufferie. Le site y est classé en vulnérabilité humaine « très forte », et la zone refuge y est présentée comme une mesure obligatoire, sans que l’étude n’en ait vérifié la faisabilité technique ni chiffré le coût.

Douze ans après l’entrée en vigueur du PPRI, le Plan communal de sauvegarde actualisé, présenté au conseil municipal du 15 juillet 2026, confirme que cette obligation reste à ce jour non remplie.

Une sécurité suspendue à un seul capteur, et 51 batardeaux jamais posés

Faute de zone refuge, la sécurité des enfants repose sur une procédure d’évacuation préventive, déclenchée par un unique capteur installé dans le lit du cours d’eau — un boîtier en forme de poire, ainsi désigné dans le diagnostic technique. Le même diagnostic relève l’absence de tout accès piéton de secours et l’impossibilité d’un hélitreuillage une fois le bâtiment inondé. Il chiffre par ailleurs à 76 445 € la pose de 51 batardeaux sur les ouvrants de l’école, de la cantine et de la chaufferie — une mesure elle aussi classée « obligatoire PPRi ». Interrogée par question écrite lors du conseil du 15 juillet 2026, la mairie confirme qu’aucun de ces 51 batardeaux n’a été installé ni même acquis depuis 2023 ( date de remise du diagnostic de vulnérabilité ). A noter toutefois que la présence de ces batardeaux ne garantit pas la sécurité des enfants — en principe déjà assurée par l’évacuation préventive — mais elle garantit celle des locaux : un bâtiment inondé faute de batardeaux, c’est une école, une cantine ou une chaufferie rendues indisponibles pour tout le temps nécessaire aux réparations, bien après que l’épisode météorologique soit passé. 

Un argument qui ne tient ni dans son principe, ni dans la durée

Le maire et son adjointe aux affaires scolaires, Madame Bodin, ont justifié en séance l’absence de batardeaux en expliquant que leur pose « ne doit jamais retarder » l’évacuation des enfants. La commune dispose pourtant, depuis 2014, d’un capteur d’alerte dans le ravin, censé donner un délai avant l’arrivée de la crue, suffisant pour évacuer d’abord les enfants, sous la responsabilité du personnel enseignant, puis éventuellement de poser les batardeaux, confiée à un personnel technique dédié. Les deux opérations n’ont donc jamais à se dérouler en même temps, ni à mobiliser les mêmes personnels.

De surcroît, l’argument avancé ne vaudrait que pendant les heures de classe, soit environ 13 % du temps sur l’année (36 semaines × 4 jours × 8 heures, sur 8 760 heures annuelles). Sur les 87 % du temps restant où l’école est inoccupée — nuits, week-ends, mercredis, jours fériés, vacances scolaires —, ce sont les bâtiments, et la continuité du service scolaire qui en dépend, qui demeurent actuellement sans protection face au risque de dégradation par inondation.

Obligatoire pour les autres, optionnelle pour soi

Pendant la campagne de mars 2026, le maire sortant a pourtant brandi cette obligation de construction d’une zone refuge de 160 m2, pour tenter d’écarter les projets concurrents de maintien de l’école sur site, bien que lui-même ne l’ait jamais respectée auparavant. Son document de campagne chiffrait trois scénarios : son propre projet de déplacement de l’école, à 12,7 M€ (hors reconstruction du centre aéré, intégrée séparément dans le devis global de refonte du groupe scolaire, porté à environ 17 M€) ; et deux projets de maintien sur site, portés par Christopher Tasti et Alexandre Arguel, évalués grossièrement à 17,9 M€ chacun, qui proposaient de traiter d’abord le risque à la source par des travaux hydrauliques sur le ravin d’Embarre ( travaux déjà étudiés en 2023 par le cabinet Gaxieu ).

Le document de la majorité reconnaît ainsi, en creux, que la zone refuge est obligatoire pour toute configuration de maintien sur site — ce qui est précisément le cas de l’école aujourd’hui, et le restera tant que le projet de déplacement, dont l’échéance demeure indéterminée, probablement 5 à 6 années voire davantage, ne sera pas arrivé à son terme.

La réponse de la mairie : anticiper plutôt que sécuriser sur site, un chiffrage jamais réalisé

Interrogée par écrit sur ce point avant le conseil du 15 juillet 2026, la mairie répond que « la stratégie opérationnelle retenue est l’anticipation : surveillance des alertes, fermeture préventive et évacuation avant que les conditions ne deviennent dangereuses », et qu’elle « n’envisage pas d’engager une nouvelle étude destinée à pérenniser le site actuel par la construction d’un refuge coûteux, alors que la réalisation de la nouvelle école est engagée ». Interrogé à l’oral par Christopher Tasti sur le coût réel de la zone refuge, le maire a répondu qu’il n’a en réalité jamais été chiffré. Le conseil municipal a pris acte de cette mise à jour du PCS par 25 voix pour et 3 abstentions — celles de Christopher Tasti, Patrick Roguez et Jeannie Loiseau, par réserve au regard des arguments évoqués par la majorité.

Voir le détail de ces arguments et le désaccord sur ce vote dans la partie « PCS et école La Source : une évacuation préventive faute de refuge »

Un chantier sans échéance, et un financement qui dépend d’autres dossiers

Réélu en mars 2026, le maire a fait adopter son propre projet : construire une nouvelle école ailleurs, hors zone inondable, avec une livraison contractuellement prévue à la base en juillet 2028 pour l’école élémentaire et juillet 2029 pour l’école maternelle. Mais le concours d’architecte chargé de concevoir ce nouveau groupe scolaire, qui devait être achevé fin 2025, a dû être annulé puis entièrement relancé après la découverte d’un probable conflit d’intérêt au sein du jury ; à la date de la rentrée 2026, il n’en était donc encore qu’au stade de la sélection du lauréat ( qui devrait être connu en février 2027 ) avec plus d’un an de retard, ce qui mécaniquement devrait aussi décaler tout le reste du calendrier. Le financement de ce projet repose, pour 2 millions d’euros, sur l’excédent attendu de la vente du Campus de Bissy — une cession dont les conditions se sont, elles aussi, révisées à la baisse depuis son annonce (voir notre article « Vente du Campus de Bissy »). La mairie a également évoqué le produit de la vente de la parcelle BZ6, au sud de la commune, comme autre source d’autofinancement de la refonte du groupe scolaire. Or ce dossier reste, lui aussi, en suspens : interrogé en conseil le 23 avril 2026 sur l’état de la vente de cette parcelle au groupe FDI, Christopher Tasti a obtenu confirmation que la délibération l’autorisant restait en vigueur, mais qu’aucun compromis n’était signé, le groupe FDI étant alors concentré en priorité sur l’acquisition du Campus de Bissy.

En attendant, l’école reste en zone inondable, sans zone refuge et sans batardeaux, et pour au moins un an de plus que prévu au départ, c’est ce seul boîtier en forme de poire, posé dans le lit du ravin, qui continuera de déterminer du moment d’évacuer les enfants.

Sources officielles

  • Règlement du Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI) de Saint-Clément-de-Rivière, approuvé par arrêté préfectoral le 28 février 2013 (pages 7, 43, 44 et 45/47)
  • Diagnostic de vulnérabilité inondation — Ravin d’Embarre — École La Source, bureau MAYANE, 20 octobre 2023 (dossier 247-AY0020-1)
  • Plan Communal de Sauvegarde — livret opérationnel, mise à jour du 30 juin 2026 (point 2, conseil municipal du 15 juillet 2026)
  • Programme de la liste « Saint Clément votre avenir » menée par Jérôme Pouget (document de campagne, mars 2026)
  • Questions écrites et réponses de la mairie, conseil municipal du 15 juillet 2026 (points 2 et 14)
  • Procès-verbal du conseil municipal du 15 juillet 2026 (fichier : PV_CM_15072026.pdf, dossier Sources)
  • Contrat de mandat de maîtrise d’ouvrage Territoire 34, version V1 du 10 janvier 2025 (article 16.1 et annexe 3)
  • Délibération MA-DEL-2025-85 du 22 octobre 2025 (concours de maîtrise d’œuvre 2025 déclaré sans suite)
  • Décisions du Maire MA-DEC-2026-006 du 6 mai 2026 et MA-DEC-2026-007 du 15 juillet 2026 (concours de maîtrise d’œuvre 2026)
  • Procès-verbal du conseil municipal du 13 mai 2026, pour l’identité du membre du jury concerné par le conflit d’intérêt (fichier : PV_CM_13052026.pdf, dossier Sources)
  • Procès-verbal du conseil municipal du 23 avril 2026, pour l’état de la vente de la parcelle BZ6 (fichier : PV_CM_23042026.pdf, dossier Sources)

Le procès-verbal de la séance

Le PV officiel de cette séance est consultable directement ci-dessous, sans téléchargement.

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